LA LETTRE « H »
La huitième lettre de l’alphabet se pose parfois sur nos chiens.
Cette lettre H, en langage vétérinaire est l’abréviation de Histiocyte.
Que se cache derrière ce mot barbare, que l’on finit d’ailleurs par haïr, craindre.
Pour aider au mieux des propriétaires de bouviers bernois, ou pour informer les acquéreurs ou propriétaires de bouviers bernois, vous trouverez des renseignements descriptifs de la maladie, des symptômes qui conduisent chez le vétérinaire, des examens qui seront réalisés, et des traitements qui seront envisagés ou appliqués.
Chose importante, ce récapitulatif n’est pas exhaustif.
Qu’est ce que l’Histiocyte ?
L’histiocyte est une notion en perpétuelle évolution.
Ce mot désigne un groupe de cellules originaires d’autres cellules mésenchymateuses et capables de migrer dans les tissus conjonctifs.
Il est possible que cette définition se modifie dans les années à venir.
Les maladies histiocytaires ou histiocytoses sont des désordres prolifératifs des histiocytes.
Les désordres histiocytaires prolifératifs sans caractère de malignité
- Les histiocytoses hémophagiques
Les signes cliniques sont variables mais on retrouve souvent de l’anorexie, de l’abattement, des muqueuses pâles, de la fièvre, une hépatomégalie et/ou une splénomégalie, des vomissements et une perte de poids.
On note aussi des anomalies hématologiques cytopénies sanguines.
Le pronostic dépend essentiellement de la cause de l’histiocytose hémophagique.
Seul un traitement de la maladie causale peut apporter une amélioration ce qui suppose qu’elle soit recherchée et identifiée préalablement à toute corticothérapie associée à une couverture antibiotique.
Elle touche préférentiellement les jeunes chiens de 6 mois à 3 ans. Elle est assez fréquente
Elle se caractérise par la présence d’une tumeur unique (≤2.5 cm), bénigne, nodulaire, alopécique plus ou moins ulcérée, sur les extrémités, la face et les pavillons auriculaires. Les formes multicentriques s’avèrent très rares.
La rémission est spontanée, ou une simple exérèse chirurgicale se pratique. Les récidives sont rares.
L’ histiocytose cutanée (HC)
C’est une maladie relativement rare.
Le signe clinique est une présence de multitude de nodules ou de plaques dermiques fermes érythémateux de taille variable (1 à 5 cm de diamètre) localisées le plus souvent au tronc, à la truffe, au cou, au dos, aux pattes et à la muqueuse nasale, ou généralisées.
On n’observe aucune atteinte de l’état général ni de lymphadénopathie.
Le traitement d’attaque repose sur une corticothérapie à dose immunosuppressive. Des traitements à base de cyclosporine A ou de léflunomide se sont avérés efficaces.
A noter que des rechutes sont possibles.
- L’histiocytose systémique (HS)
C’est une maladie chronique, débilitante, à évolution fluctuante. Elle est rarement fatale par elle-même. Seul un diagnostic précoce permet d’espérer freiner l’évolution de la maladie. Dans ce but, la biopsie cutanée est indiquée sur tout bouvier bernois présentant de multiples nodules cutanés. Un examen dermatologique approfondi est également conseillé sur tout bouvier bernois présenté pour un motif ophtalmologique.
Les signes cliniques observés sont de l’anorexie, une perte de poids, des lésions oculaires variées rebelles à tout traitement, et conduisant souvent à l’énucléation, ainsi que des lésions cutanées (multiples plaques, papules, ou nodules qu’on peut trouver sur tout le corps, préférentiellement sur la truffe, le chanfrein, la muqueuse nasale (respiration bruyante et du jetage), les paupières, les flancs, le cou et le scrotum.
Une atteinte est possible du rein, de la moelle osseuse, des poumons, du foie, de la rate.
Bien qu’une réponse favorable à la corticothérapie puisse survenir dans les premières phases de la maladie, l’HS apparaît peu sensible à moyen terme aux traitements anti-inflammatoires et immunosuppresseurs. Des traitements à base d’extraits thymiques bovins se sont avérés efficaces.
La cyclosporine A ou le léflunomide donneraient également de bons résultats.
Les désordres histiocytaires prolifératifs avec caractère de malignité
- Les sarcomes histiocytaires
On distingue deux types de sarcomes histiocytaires, les localisés et les disséminés.
Le sarcome histiocytaire localisé
C’est une tumeur unique des tissus mous, sous-cutanée, d’agressivité locale marquée touchant fréquemment les extrémités, le plus souvent près d’une articulation.
Son potentiel métastatique reste limité aux ganglions lymphatiques locorégionaux ; Cette tumeur récidive fréquemment localement.
Elle peut toucher aussi les poumons, le foie, ganglions lymphatiques, rate, reins, système nerveux, central, cavité nasale, peau, os, moelle osseuse hématopoïétique et œil.
Les signes cliniques varient en fonction des localisations : boiterie, apathie, anorexie, anémie, toux, dyspnée….
Le traitement repose sur l’exérèse chirurgicale lorsqu’elle est possible, associée ou non à la radiothérapie et la chimiothérapie.
- Le sarcome histiocytaire disséminé
Il représenterait un stade terminal de sarcome histiocytaire localisé qui aurait métastasé en d’autres organes secondaires via les ganglions lymphatiques locorégionaux.
Elle touche principalement la rate, les poumons, la moelle osseuse hématopoïétique, la peau, le tissu sous cutané, et les ganglions lymphatiques.
Les signes cliniques sont l’anorexie, une perte de poids, et de l’abattement, suivant les organes atteints d’autres symptômes s’ajoutent : dyspnée, convulsions, parésie ou paralysie des membres.
Le traitement est identique à celui du sarcome histiocytaire localisé.
- L’histiocytose maligne( HM)
Elle est définie par une atteinte primitive simultanée de plusieurs organes qui peuvent se métastaser au cours de son évolution, ce qui la différencie du sarcome histiocytaire disséminé (atteinte primitive localisé à un seul organe).
Il existe deux formes d’HM, une dendritique de phénotype et une macrophagique.
Les premiers symptômes apparaissent chez les chiens âgés de 6-7 ans (avec des extrêmes de 3 à 12 ans).
Aucune disposition particulière n’est relevée quand au sexe.
Si elle s’avère être héréditaire, la transmission au sein de la race n’est pas encore établie. Une collaboration est mise en place avec le service de cancérologie de l’école Vétérinaire de Maisons-Alfort, le CNRS de rennes et l’AFBS pour rechercher le ou les gènes impliqué(s).
A l’heure actuelle, aucun autre facteur étiologique de l’HM (environnement, infectieux) n’a été mis en évidence.
Les signes cliniques de l’HM sont une dégradation rapide et importante de l’état général caractérisé par de l’anorexie ou une dysorexie, une perte de poids et de la léthargie. On peut constater aussi de la fièvre et des muqueuses pâles, rarement ictériques. D’autres symptômes peuvent se greffer.
L’HM se caractérise très fréquemment par des symptômes respiratoires (tachypnée, dyspnée exacerbée par l’effort, toux, amplification ou diminution des bruits respiratoires, ou variations de tonalités).
Des symptômes neurologiques sont souvent constatés (examen neurologique anormal, parésie ou paralysie des membres postérieurs, syndrome queue de cheval avec incontinence fécale et urinaire et une atonie de la queue, paralysie des quatre membres, troubles du système nerveux (convulsions, tremblements faciaux….)
Des signes cutanés sont très rares. Les lésions alors se présentent sous la forme de multiples plaques ou nodules érythémateux dont la taille peut atteindre 5 cm de diamètre, elles sont souvent alopéciques, parfois ulcérées et non prurigineuses.
D’autres symptômes sont parfois observés : lymphadénopathie périphérique localisée ou généralisée, hépatomégalie et ou splénomégalie, troubles oculaires, troubles digestifs, troubles urinaires, troubles cardiaques, ascite, masse gingivale, masse péri anale
En cas de suspicion d’HM, des examens complémentaires seront pratiqués. Ils permettent d’affiner le bilan d’extension de la maladie, son évolution, ainsi que d’objectiver la réponse thérapeutique.
- Des examens de laboratoires
- La numération formule est souvent modifiée.
- La biochimie permettra une exploration hépatique (le taux de ferritine sanguin semble prometteur)
- Radiographie (thorax, abdominale,…)
- Echographie (abdominale, thoracique)
- Cytoponctions et calques (il faut penser à effectuer un bilan d’hémostase avant toute ponction splénique, hépatique ou rénale, car les chiens atteints souffrent fréquemment de lésions du foie ; Faire réaliser en cas de doute une transfusion plasmatique préventive avant la ponction)
- Biopsies à la faveur d’une échographie, d’une endoscopie, d’une laparotomie
- Explorations chirurgicales (thoracotomie, laparotomie, exploration des masses diverses), des prélèvements biopsiques ou des exérèses peuvent être pratiquées lors de ces explorations.
La corticothérapie seule à dose immunosuppressive se révèle peu efficace, mais avec l’association d’antalgique, les lésions osseuses auraient régressées en taille et en nombre pendant quelques semaines.
Les traitements chimiothérapiques associés ou non avec la corticothérapie s’avèrent infructueux.
De plus, la chimiothérapie est souvent contre –indiquée par les lésions de l’HM (lors de cytopénies, la thrombopénie et ou la neutropénie risquent d’être aggravée par la cyclophosphamide ; le recours à l’adriamycine est fortement déconseillé en cas d’atteinte hépatique et ou cardiaque.)
Les traitements de soutien consistent surtout en anti-vomitifs et antidiarrhéiques, de couvertures antibiotiques contre les surinfections, de transfusion de sang total de plasma, ou de concentré globulaire lors de cytopénies sanguines, de perfusions de solutés type ringer lactate, ou glucose, de perfusion de dextrans ou d’hydroxyéthylamidon lors d’hypo protéinémie.
Ces traitements peuvent être aussi importants que la chimiothérapie.
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